Le Contexte

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MessageSujet: Le Contexte   Dim 20 Nov - 21:04




Le Contexte
Où avez-vous mis les pieds ?



Tôkyô, 13 janvier 2006


Ils disent que c’est un mythe. Ils les mettent en scène dans des romans et des films où se marient horreur et romance. Ils alimentent la légende en la dénaturant de tout ce qu’elle peut posséder de réel et de terrifiant. Ils sont dans nos salles de cinéma, sur nos écrans de télévision, dans nos romans. Ils sont sur les t-shirts des adolescents, tatoués sur leur peau, singés pour Halloween… Imités, mais jamais égalés.

On les admire et on les envie, sans savoir que sous le masque de la fiction, le visage de la réalité est hideux. Idiote, la race des êtres humains se suppose en haut de cette chaîne alimentaire qu’ils ne dominent pourtant pas. La force de leurs adversaires est vicieuse, sombre, mortelle. C’est le silence. La discrétion. Quelle autre armée que la leur s’est déjà montrée, depuis la nuit des temps, aussi insaisissable ? Quelle autre armée possède une infanterie aussi puissante et des chefs aussi aguerris ?

Vampires.

On les a entrevus en Roumanie, au XVème siècle. De là naît leur légende alors que pourtant, Vlad Tepes, dit l’empaleur, ne fut jamais l’un des leurs. Du moins, aucune archive n’en parle. Tout au plus un hérétique qui aurait aimé rejoindre le rang de l’immortalité et ce qu’elle a d’impure. Mais ils étaient là avant ça… Bien avant. Peut être même qu’ils furent les premiers, quand le soleil ne perçait pas l’épaisse boule de gaz qui enveloppait l’atmosphère. Peut être que la race humaine n’est qu’une évolution. Vivante. Meilleure. Et pourtant infiniment plus fragile.

Je suis tokyoïte et mon nom est Azura. J’ai découvert leur existence il y a un peu plus de 18 ans. J’étais alors gardien dans une de ces vieilles prisons un peu à l’écart de la ville. J’avais 25 ans à peine, je me croyais fort de ma jeunesse et de mon gabarit généreux pour un japonais. J’ai vu cet homme se pencher sur cette femme. Et je n’ai pas comprit de suite. Il m’aura fallu des jours pour réaliser et pour comprendre que ce qui se jouait dans les rues de Tôkyô était plus grand que moi.

Idéaliste et aventureux, je me suis mit en chasse. Bientôt, ma quête m’exaltait à ce point et me demandait tant de temps que je dus abandonner mon travail. Je rencontrais d’autres personnes qui « savaient » au cours de mes déambulations nocturnes et je découvrais tout un réseau à travers la ville, le Japon et même, le monde…

Un mécène me prit sous son aile. Trop vieux pour chasser avec ses 63 ans bien tassés, mais fortuné. D’argent du moins, car son cœur était pauvre depuis que sa fille avait été emporté. Il ne vivait plus que pour la retrouver, même si elle n’était plus vraiment « elle ». Il voulait l’enterrer ou disperser ses cendres. Il voulait savoir où sa chair et son sang était. Ou tout du moins, où se pavanait son corps sans vie.

C’est par lui que je découvrais « Requiem ». Une base de données qui avait vu le jour avant même la création d’internet –qui lui permit son expansion- paraît-il. J’ignore qui est « Requiem ». Mais j’ai vu son œuvre… Et j’ai été figé d’horreur. On y répertorie des milliers de vampires, de sociétés qui leur appartiennent ou qui les vénères, dans l’ignorance ou la connaissance. Des méthodologies d’un autre siècle, des récits historiques aussi, dont la majeur partie n’aurait rien eu à envier à un de ces films d’horreur qui font la mode de maintenant.

Et c’est aussi par lui que je prenais conscience du nombre que nous étions, nous, les chasseurs. Ceux que l’on nomme facilement « les indépendants », les « solitaires ». Nous chassons en tentant de vivre à côté, en tentant d’oublier même parfois, que la nuit nous ne sommes que des proies. Nous venions de partout, anonymes mais pourtant soudés, nous échangeant les dernières informations les plus fraîches ou pleurant tous ensemble la disparition d’un autre qu’on avait jamais vu. Et puis il y avait ceux de l’Ordre de Tenkyû comme ils disent. Une branche bouddhiste qui s’était formé il y avait plusieurs siècles de cela. Ils parlaient –et parlent encore je suppose- de chasse « utile ». Ils essayaient d’expliquer un fondement de leur religion basé sur l’équilibre.

Pauvres fous… Beaucoup parmi nous pensaient qu’ils nous trahiraient, se rangeant tantôt à nos côtés, tantôt de celui de ces créatures inhumaines. Ne comprenaient-ils pas qu’à la fin, il ne pourrait subsister qu’une race ? Et qu’il ne fallait pas que se fusse celle des vampires ? S’ils avaient été fait pour ce monde, jamais celui qui règne au dessus de nos tête, s’il existe, ne les aurait soumis à cette malédiction de ne vivre que la nuit.

Tremblez, humains… Vous qui dans l’ignorance continuez de les imaginer pourvu d’un cœur et d’une âme alors qu’ils ne sont que violence et cruauté ! Un jour dans vos yeux règnera la terreur, lorsque vous saurez. Et à ceux qui les servent, à ceux qui leur offrent leurs veines, je hurle mon mépris et mon effroi ! N’y a-t-il pas assez de morts chaque fois que la nuit tombe, pour vous convaincre du sadisme de vos maîtres !

Mais il n’est plus temps pour moi de m’époumoner. Voilà que je meurs. Une tumeur au cerveau qui me privera bientôt de cette tâche ingrate qu’il revient aux hommes justes de faire. Ainsi, avant de partir, je lègue à Requiem tout ce que ces 18 ans de chasse m’ont apprit. Ainsi je pousse mon dernier cri, mon dernier appelle, ma dernière prière… Pour sauver les âmes de ces innocents qui ferment les yeux sur la vérité.

Et s’il existe, au milieu des mythes les plus fort que possèdent les vampires, une véritable source « Eikyû » qui puisse donner à l’humanité l’espoir de vivre en terrassant le mal, je prie pour qu’un jour, elle se déverse sur nos ennemis…


Extrait des chroniques d’Azura,
préambule du livre Ier « La source du mal »



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